Actualité

 

C. Giron-Panel/ A.-M. Goulet (éd.), La musique à Rome au XVIIe siècle : études et perspectives de recherche, Rome 2012.

Le projet de recherche

À l’image de Georg Friedrich Händel, Jacques-Martin Hotteterre, Georg Muffat, Francisco António de Almeida, Jan Dismas Zelenka ou encore Francisco Javier García Fajer, nombreux sont les musiciens et les compositeurs européens qui ont séjourné au XVIIe et au XVIIIe siècle à Rome, Naples et Venise, pour apprendre le style italien, pour perfectionner leur art, voire pour s’y installer durablement. La plupart d’entre eux ont quitté leurs cours d’origine avec l’assurance d’un engagement et donc d’un cachet dans la Péninsule ; d’autres, en revanche, accompagnaient des aristocrates ou des diplomates qui avaient entrepris le voyage d’Italie. Mais il n’était pas rare qu’ils soient recrutés par des mécènes italiens, ou qu’ils se lient et collaborent avec des musiciens italiens – autant d’opportunités pour eux de voir leurs œuvres exécutées dans les théâtres d’opéra, les églises ou les palais princiers de la Péninsule.


Ce programme de recherche vise à étudier les motivations qui ont présidé à de tels voyages, à analyser les possibilités d’insertion des musiciens étrangers dans la vie sociale et musicale locale, et à mesurer leur succès artistique dans les trois villes considérées, des villes dont le rayonnement s’exerçait dans toute l’Europe. Dans cette perspective, la question des transferts culturels et celle de la constitution des identités culturelles nationales s’avèrent essentielles. La circulation et le transfert des genres et styles musicaux italiens, ainsi que l’émergence des styles nationaux en Europe vers 1700, seront étudiés dans le cadre d’une analyse historique qui, centrée sur les musiciens étrangers en Italie, viendra compléter l’histoire déjà bien connue des musiciens italiens en Europe.


Plus concrètement, à l’échelle urbaine, ce projet souhaite proposer une histoire comparée de l’intégration des musiciens étrangers dans la vie musicale des trois villes, tout en étant attentif aux expériences singulières des individus et aux structures politiques particulières de chaque ville concernée. Quelles étaient les modalités de l’insertion des musiciens étrangers dans la vie artistique de la République de Venise, dans l’État pontifical romain et dans la monarchie napolitaine, et cela dans un contexte général marqué par la professionnalisation croissante du monde musicien, par la politisation de plus en plus affirmée de la musique et par l’intérêt grandissant que le public portait aux œuvres étrangères ? Quels étaient les mécènes, les institutions, les structures économiques et les formes de sociabilité dont ils pouvaient bénéficier sur place et dans quelle mesure ces différents réseaux jouaient-ils un rôle dans la poursuite de leur carrière et dans l’évolution de leur style ? Quels types d’échanges et de transferts s’organisaient entre ces trois villes qui, autour de 1700, polarisaient les voyages aristocratiques en même temps qu’elles s’imposaient comme des centres musicaux de première importance en Europe ? Pour appréhender au mieux ces enjeux, il importe d’abord de mesurer le degré d’ouverture des institutions musicales locales à des artistes étrangers. À Venise, ces dernières étaient caractérisées par des structures économiques très organisées et fermées, tandis que l’intense vie diplomatique romaine et le cosmopolitisme qui en découlait entraînaient une certaine internationalisation du public romain. Les célèbres conservatoires de Naples, dont le rayonnement dépassait largement la Péninsule offraient, quant à eux, des opportunités non négligeables aux musiciens étrangers. Pour apprécier l’impact de ces différents éléments, il faut également tenir compte des spécificités des genres musicaux et des singularités de certains acteurs de la vie musicale locale, comme les jeunes filles formées dans les Ospedali vénitiens ou les ensembles vocaux dédiés à la musique sacrée à Rome.


Sur le plan méthodologique, le projet s’appuie sur l’historiographie récente des transferts culturels et de l’histoire croisée, à partir de laquelle devra être analysée l’histoire de la musique à l’époque moderne. Le concept d’histoire croisée permettra d’appréhender les enjeux de la recherche à travers une perspective macrohistorique, qui visera notamment à confronter l’impact des expériences et la présence des musiciens étrangers dans la Péninsule avec le mouvement culturel dominant qui est celui de la diffusion de la musique italienne dans toute l’Europe. Parallèlement, une approche plus microhistorique sera adoptée pour resituer l’histoire des musiciens étrangers dans des champs fondamentaux de l’histoire culturelle, de l’histoire renouvelée des sociabilités urbaines à l’historiographie récente du politique. En veillant à faire dialoguer constamment les traditions méthodologiques et les thèmes de prédilection des recherches française et allemande, l’ambition consiste à développer, en étroite collaboration, une réflexion sur les modalités d’insertion des musiciens étrangers dans les trois principaux centres musicaux italiens et sur les éventuelles singularités de leur activité artistique et de leur mode de vie dans la Péninsule.


Trois journées d’études (Naples, 28 mai 2010 ; Rome, 5 novembre 2010 ; Venise, 12 mai 2011) ainsi qu’un séminaire mensuel à Rome ont déjà été organisés et ont permis de nouer des échanges fructueux entre les membres du projet et d’autres chercheurs. La réalisation d’une banque de données, en collaboration avec la Brandenburgische Akademie der Wissenschaften constitue un autre objectif du projet. Y seront insérées l’ensemble des informations relatives aux musiciens européens présents à Venise, Rome et Naples entre 1650 et 1750, qui pourront, ainsi rassemblées, être exploitées par le plus large public. Après le colloque final programmé du 19 au 21 janvier 2012, la dernière phase de travail sera consacrée à l’insertion définitive et complète des données recueillies et à la mise au point d’un moteur de recherche pour l’exploitation de la base de données.

Ce projet franco-allemand est financé par l’Agence Nationale de la Recherche et la Deutsche Forschungsgemeinschaft pour une durée de trois ans (2010-2012).

 

 

Direction du projet
Anne-Madeleine Goulet
Gesa zur Nieden

Équipe
Orsetta Baroncelli
Florian Bassani
Michela Berti
Laura Gaetani
Caroline Giron-Panel
Britta Kägler
Peter Niedermüller
Élodie Oriol
Christoph Plutte
Torsten Roeder
Mélanie Traversier
Giulia Veneziano


Contact

Anne-Madeleine Goulet

EFR, Piazza Navona, 62

I-00186 Roma

Tel.: +39 320 40 08 27 2

goulet(at)musici.eu


Gesa zur Nieden

Johannes Gutenberg-Universität Mainz
Musikwissenschaftliches Institut
Jakob-Welder-Weg 18
D-55128 Mainz

zurnieden(at)musici.eu

Shadow bottom